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Nouvelles d'Haiti : Revue de presse Last Updated: Jan 2, 2009 - 9:10:48 AM


Haiti, Elections, Analyse: Le temps des grandes manoeuvres
By Editorial: Haiti en Marche
Oct 1, 2005 - 9:00:00 AM

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PORT-AU-PRINCE, 24 Septembre - La liste des candidats à la présidence agréés a été communiquée vendredi. Ils sont au nombre de 32 (sur 54 candidatures soumises). Donc pas beaucoup de "carnets." La majorité de ceux ayant un nom, ont passé l'épreuve. A une seule exception (si l'on tient compte que la candidature de l'ex-sénateur Lavalas Louis Gérald Gilles a été un simple coup de tête), c'est le rejet de Dumarsais Siméus, le multimillionnaire haïtien-américain, PDG de Siméus Food basée au Texas, avec un chiffre d'affaires de 150 millions de dollars l'an.

Le Conseil électoral provisoire (CEP) a appliqué l'article 135 de la Constitution haïtienne selon lequel : "Pour être élu Président de la République d'Haïti, il faut a) Etre Haïtien d'Origine et n'avoir jamais renoncé à sa Nationalité (...); e) Résider dans le Pays depuis cinq (5) années consécutives avant la date des élections."

Dumarsais Siméus, 65 ans, n'a pas nié qu'il est un citoyen américain. Il maintient cependant qu'il n'a jamais "abandonné" sa nationalité haïtienne.

Or la Constitution dit encore en son Article 15 : "La double Nationalité Haïtienne et Etrangère n'est admise dans aucun cas."

Réaction de Siméus. Samedi il déclarait que le CEP ne lui a pas encore communiqué officiellement les résultats de l'examen de son dossier, mais qu'il avait remis toutes les pièces exigées.

Il a réitéré qu'il ferait appel par devant la Cour de cassation si sa candidature venait à être rejetée sur la base de l'Article 135. Le décret électoral actuel admet le pourvoi en cassation, contrairement aux pleins pouvoirs que la Constitution accorde au CEP. Mais le conseil actuel a été composé également de manière non conforme à la loi mère. Les 9 membres sont en majorité des représentants de partis ou d'organisations politiques proches de l'ex-opposition.



Siméus prêt à contre-attaquer...

Renouvelant sa loyauté envers la mère patrie, et que sa résidence a toujours été la petite baraque à Pont Sondé (Vallée de l'Artibonite) où vivent encore son père et sa mère, Siméus se déclare prêt à contre-attaquer.

On attend...

Quant à Louis Gérald Gilles, ex-sénateur membre du parti Fanmi Lavalas, il a d'abord insisté pour inscrire comme candidat du parti le père Gérard Jean Juste, actuellement en détention pour des raisons que le gouvernement se refuse à admettre comme étant politiques, mais à la dernière minute et de guerre lasse pour finir par se présenter lui-même.

Vendredi le CEP a mis fin à la controverse en annonçant que la contestation de la candidature de Marc Bazin par la branche Lavalas menée par Louis Gérald Gilles a été rejetée.



Un coup de théâtre...

C'est le coup de théâtre de ce début de campagne. L'ex-rival d'Aristide aux présidentielles de 1990, Marc Bazin, secrétaire général du MIDH (Mouvement pour l'Instauration de la Démocratie en Haïti), a fait alliance au dernier moment avec une branche, et non des moindres, du parti de l'ex-président actuellement en exil en Afrique du Sud après son renversement par la force le 29 février 2004.

Bazin se présente aux prochaines élections sous la bannière de l'Union pour Haïti, une nouvelle alliance formée du MIDH et de Fanmi Lavalas (branche Feuillé-Hérivaux).

Un troisième candidat issu du Lavalas, l'ex-premier ministre Jean Marie Chérestal, a été également disqualifié. On n'a pas donné de raison.



Les Duvaliéristes font un retour remarqué...

Alors que les Duvaliéristes font un retour remarqué après avoir été hors du circuit pendant environ 20 ans. Presque tous se sont faits agréer sous des dénominations les plus diverses. Ils se nomment Franck Romain, ex-colonel et chef de la police de Duvalier; Edouard Francisque, qui occupa les postes de ministre des finances et des affaires étrangères sous la dictature trentenaire. Et autres.

La liste des candidats admis fait également la part belle à des ex-membres du régime putschiste de 1991-1994 (Cédras-Michel François)...

Le plus gros peloton se compose évidemment des leaders qui ont mis à bas le pouvoir Aristide en février 2004, autrement dit les partis traditionnels (ex-Convergence démocratique aujourd'hui divisée à nouveau en diverses branches), les dirigeants de l'insurrection armée (Guy Philippe), des ex-militaires, Himmler Rébu, un Dany Toussaint, ex-sénateur Lavalas ayant tourné casaque, des leaders de l'église protestante (Luc Mésadieu, Chavannes Jeune), et la société civile organisée mais qui n'en présente pas moins elle aussi plusieurs candidats (Charles Henri Baker, René Julien, Marc Antoine Destin, Charles Poisset Romain etc).

Cette typologie n'a qu'une valeur relative. Devant la pléthore de candidats à la présidence, la presse locale essaie encore de s'en tirer en les classant par nombre: tant d'anciens parlementaires, tant de leaders de cultes réformés, tant d'ex-militaires ou policiers. Ou encore deux anciens présidents de la république: Leslie François Manigat et René Préval.

Enfin, une seule candidate: Judie C. Roy (qui a tiré plusieurs mois de prison sous Aristide).



Pas de programme...

Mais c'est de ne pouvoir dire avec certitude s'il existe la moindre nuance philosophique ou idéologique entre ces 32 candidats qui force à recourir à ce type de classement arbitraire.

Beaucoup d'entre eux n'ont même pas un programme, pas une ligne. On s'en tire par des slogans même pas très imaginatifs, voire des onomatopées.

Toujours est-il qu'il y a 32 appelés, mais il y aura un seul élu. Alors que faire?

Dans un texte publié la semaine dernière sur l'Internet, Micha Gaillard, de la Fusion des sociaux démocrates, déduisait que s'il faut accepter les anciens représentants des régimes honnis (entendez par là les duvaliéristes, les putschistes et les Lavalas), le symbolisme de la Présidence de la république doit rester coûte que coûte à ce qu'il appelle les "démocrates." Autrement dit, les vainqueurs du 29 février 2004.

Or s'il en est ainsi, à quoi bon des élections? Notre Gaillard oublie que c'est l'électeur qui a le dernier mot.



Refaire les rangs...

Mais, plus intéressant, Micha Gaillard appelle ses camarades de l'ex-opposition à refaire la "Convergence Démocratique." Celle-ci a éclaté au lendemain du renversement d'Aristide. Un de ses leaders ne faisait-il pas remarquer que 95% de ce qui les fait courir, c'est la haine d'Aristide. Ce dernier une fois abattu, chacun a repris ses billes.

Mais devant un tel flot de candidats, pouvant provoquer un éparpillement de l'électorat, d'autant plus quand on n'a pas grand chose à offrir à ce dernier, ne vaut-il pas mieux tenter, en effet, de refaire les rangs?

Ce qui vaut pour l'ex-Convergence, l'est aussi sans doute pour les anciens et les néo-duvaliéristes; ou pour les nombreux pasteurs protestants rêvant d'entrer au palais national, les temples qui rugissent jour et nuit en plein quartier résidentiel sont des "meetings" tout trouvés mais, messieurs les prédicateurs, il est impossible pour tous d'accéder en même temps au fauteuil présidentiel.

Micha Gaillard demande aussi aux ex-membres de la Convergence Démocratique d'oublier les divergences droite-gauche et de marcher sous un seul drapeau... Comme avant le 29 février 2004.

Sinon il craint une reprise du pouvoir par les ex-suppôts des régimes dictatoriaux. Entendez duvaliéristes, putschistes et Lavalas!

Or l'homme de la rue ne semble voir aucune véritable distinction idéologique dans la classe politique haïtienne.

Cela n'empêche qu'un Hubert Deronceray ou un Guy Philippe pourrait ne pas considérer leurs intérêts politiques aussi compatibles avec ceux des amis de Micha, comme ce dernier le croit.



L'électorat Lavalas...

Enfin, la même considération vaut aussi pour les deux derniers candidats qui courtisent ouvertement l'électorat Lavalas (car d'autres peuvent le faire aussi moins ouvertement).

Ce sont Marc Bazin et René Préval.

L'un comme l'autre essaie de ne pas se présenter directement sous l'étiquette Fanmi Lavalas. Peut-être pour ne pas entrer directement en contravention avec le "chef historique" exilé en terre sud-africaine et qui a sans doute du mal à maîtriser tous les paramètres sur le terrain.

Préval sous la bannière de la Plate-forme de l'espoir, une fédération d'associations paysannes et de partis impliqués dans l'arrière-pays, dont l'Escamp-Corega (Grande Anse).

Bazin se dit d'abord le candidat du MIDH, son propre parti politique, aujourd'hui allié à Fanmi Lavalas au sein de l'Union pour Haïti.

Bazin a mentionné de nombreux ex-barons Lavalas qui seraient à ses côtés: outre les ex-parlementaires Yvon Feuillé et Rudy Hérivaux, mais également Leslie Voltaire, Père Yvon Massac, Yves Cristallin. Et d'autres.

Lorsque Préval s'est présenté pour l'inscription de sa candidature, il était accompagné de son ancien secrétaire d'Etat à la sécurité publique Robert Manuel, qui avait dû gagner l'exil lors de la confrontation avec le clan Dany Toussaint, ex-chef de la police intérimaire en 1994-1995, pour le contrôle de la nouvelle police.

René Préval disposerait également d'un certain support au sein de la bourgeoisie des affaires d'origine haïtienne, natif natal.



Ex-aequo à la fin du premier tour...

Toutefois la lutte n'en devrait pas être moins serrée entre ces deux candidats les plus proches de la grande mouvance Lavalas.

Bazin compterait sur l'influence de l'état-major du parti Fanmi Lavalas dont beaucoup ont pris position en sa faveur... et influence qu'il ne faut pas sous-estimer vu que c'est un mouvement où le facteur personnel (ou charismatique) joue un important rôle.

Tandis que Préval jouerait le facteur régional (l'initiateur de la réforme agraire lors de son premier mandat présidentiel - 1996-2001, l'homme de Marmelade, région historiquement à cheval sur le Nord, l'Artibonite et le Plateau Central).

Cependant invité de la radio Mélodie FM, Bazin a reconnu qu'il n'est pas impossible que Préval et lui doivent conjuguer leurs forces. Dans le cas, par exemple, où ils arriveraient ex-aequo à la fin du premier tour.

Mais peut-être avant, qui sait. Si leurs adversaires arrivaient à refaire réellement la même coalition qui a fait le 29 février 2004.



Haïti en Marche, 24 Septembre 2005


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