
Israël déploie 18 000 soldats sur la frontière sud du Liban
By Le Monde
Aug 1, 2006 - 11:29:00 AM
"Les réservistes en route pour le Liban". Le titre de "une" du quotidien israélien Maariv, mardi 1er août, marque un tournant radical dans le conflit qui oppose, depuis vingt jours, l'armée israélienne au Hezbollah libanais. Après avoir opposé un refus catégorique aux demandes de cessez-le-feu à la suite du bombardement meurtrier de Cana, le premier ministre israélien, Ehoud Olmert, a fait adopter mardi un plan d'extension des opérations terrestres au Liban sud.
L'objectif, qui implique le déploiement de trois divisions (18 000 soldats), demeure flou. Selon une hypothèse, Israël viserait la destruction des positions du Hezbollah tout au long de la frontière sur une profondeur de 1,5 kilomètre. Une autre hypothèse, plus ambitieuse, évoquée par le député travailliste Ephraïm Sneh, envisagerait de demander à Tsahal de repousser le Hezbollah au-delà de la rivière Litani, à environ 30 kilomètres au nord de la "ligne bleue", ce qui nécessiterait selon lui plusieurs semaines de combats.
Dans tous les cas, la suspension de quarante-huit heures des raids aériens, décrétée lundi après l'hécatombe de Cana et partiellement observée, ne se transformera pas en un arrêt des hostilités. "Nous ne cesserons la guerre que lorsque la menace sera levée, lorsque nos soldats captifs (enlevés par le Hezbollah le 12 juillet) seront rentrés chez eux, et lorsque vous pourrez vivre dans la paix et la sécurité", a déclaré Ehoud Olmert, lundi, devant les maires des villes du nord d'Israël soumises au feu des roquettes Katioucha du Hezbollah.
Sur le ton de Winston Churchill, le premier ministre britannique qui, le 13 mai 1940, à l'aube du blitz allemand, promettait aux Anglais "du sang, de la sueur et des larmes", le chef du gouvernement israélien, plus combatif que jamais, a prédit à ses concitoyens "de la douleur, des larmes et du sang".
Sur le terrain, les prémices de cet engagement renforcé étaient visibles, avec des combats dans la zone d'Ata Al-Chaab et de Kfar Kila, dans la partie est du Liban sud. L'aviation israélienne a également bombardé une route près de la ville libanaise d'Al-Hermil, située à la frontière syrienne, tôt mardi.
Dans la nuit, quatre responsables libanais des douanes et trois chauffeurs de camions avaient été blessés dans un raid aérien sur le principal point de passage vers la Syrie.
Ce positionnement résolument offensif contredit les propos plutôt optimistes tenus par la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, qui, lundi, à l'issue d'une visite de deux jours à Jérusalem, avait dit sa "conviction" qu'un "cessez-le-feu urgent" et un "règlement durable" étaient envisageables dès cette semaine.
Ce faisant, le successeur d'Ariel Sharon espère offrir à l'armée israélienne le temps adéquat pour corriger le sentiment d'échec qui prévaut après vingt jours de conflit, et aborder en position de force les grandes manoeuvres diplomatiques, dont la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies.
"En dépit du soutien du président américain George Bush, Tsahal sait que le temps ne joue pas en sa faveur", écrit Amos Harel, correspondant militaire du quotidien Haaretz, selon qui l'état-major évalue à une dizaine de jours le temps nécessaire pour mener à terme son offensive au Liban sud.
"Si Israël cesse son offensive aujourd'hui, la guerre est perdue, estime Gerald Steinberg, politologue à l'université Bar Ilan. Cela veut dire que nous nous retrouvons en position de faiblesse face à l'Iran, ce qui, compte tenu du programme de son président, est inacceptable. Or, même si les Nations unies proclament un cessez-le-feu dans les prochains jours, l'envoi d'une force multinationale est peu probable, du moins à court terme. Israël n'a donc pas d'autre choix possible que de continuer à se battre."
Cet impératif, partagé par l'ensemble des commentateurs politiques, n'est pas sans réveiller la peur d'un nouvel enlisement au Liban, d'autant que la mission confiée aux troupes israéliennes paraît singulièrement vague.
Dans son éditorial de Yediot Aharonot, Nahum Barnea s'inquiète d'une possible fuite en avant du gouvernement, symbolisée par la trajectoire d'Amir Péretz, l'ancien syndicaliste devenu ministre (travailliste) de la défense. "Ce n'est pas son inexpérience dans l'emploi de la force qui est inquiétante, écrit-il, mais au contraire, son inexpérience des limites de la force."
For all inquiries
Email
kwabs.com
Copyright © kwabs.com(TM) All Right