
Haïti - Amérique du Sud Préval chargé d'une grande mission
By Haiti en marche editorial
Mar 11, 2006, 21:01
PORT-AU-PRINCE, 6 Mars - Le voyage que doit accomplir cette semaine le président élu René Préval dans trois grands pays de l'Amérique du sud (Brésil, Chili, Argentine) pourrait sceller le destin de notre Haïti pour les années à venir.
Le point culminant de ce périple sera l'investiture samedi 11 mars à Santiago du Chili de la présidente élue, la socialiste Michelle Bachelet, cérémonie à laquelle assisteront de nombreux chefs d'état du continent, ou leurs représentants à l'échelon le plus élevé.
Selon le Miami Herald (édition du samedi 4 mars), le président sud-africain Thabo Mbeki fera aussi le voyage dans la capitale chilienne. Ce déplacement serait étroitement lié au sort de son illustre invité, l'ex-président haïtien Jean-Bertrand Aristide, exilé en Afrique du sud depuis sa chute du pouvoir en février 2004.
Un sort qui, selon le Miami Herald, serait d'ores et déjà fixé puisque, aussi bien les Etats-Unis que la plupart des autres membres du " Core Group " (Canada, France, Brésil, Chili etc), sont convaincus, à un degré ou un autre, qu'un retour d'Aristide en Haïti n'est pas à l'heure actuelle à conseiller car c'est un événement d'une haute portée émotionnelle, également lourde de controverses et capable de faire capoter le pays à nouveau dans le chaos alors qu'il peine actuellement à en sortir.
Et d'un.
Le dossier HOPE...
Haïti bénéficie actuellement d'une situation privilégiée au sein du sous-continent. Washington considère de son devoir (et peut-être aussi de son intérêt - menace de boat-people et sécurité nationale oblige) de nous aider à sortir de l'abîme.
Le président George W. Bush a appelé personnellement au téléphone le président élu Préval. Et l'assistant Secrétaire d'état, Thomas Shannon, confirmait peu après à ce dernier les mêmes sentiments de l'administration américaine.
C'est M. Bush qui, lors de ces entretiens, aurait lui-même remis sur le tapis le dossier HOPE, ce projet de législation qui donnerait des avantages préférentiels à la manufacture haïtienne d'articles en textile. Et projet jusqu'à présent bloqué au Congrès américain par des représentants aux Etats-Unis du même secteur, craignant pour leurs intérêts.
Une telle initiative est susceptible de créer, comme jadis, des dizaines de milliers d'emplois de " factory " en Haïti et pour commencer de remettre sur les rails le secteur de l'assemblage.
Le dilemme de Washington...
D'un autre côté, le dossier Haïti peut aider l'administration Bush pour se retrouver en de meilleurs termes avec une Amérique du sud plus décidée que jamais à défendre ses intérêts - et avec des armes démocratiques - vis-à-vis des puissances politiques et économiques du Nord.
Autre dénominateur commun de ces pays du Sud : tous se donnent des gouvernements élus démocratiquement et dans plusieurs cas issus de la gauche (Brésil, Chili, Argentine, Bolivie etc).
L'administration Bush éprouve, comme on le sait, certaines difficultés à se mettre au diapason avec ce mouvement (voire dans le cas du très militant Hugo Chavez du Venezuela).
En même temps que Washington ne peut d'un côté se proclamer le défenseur attitré des valeurs démocratiques et d'un autre, se constituer en une barrière à leur épanouissement.
En votant massivement le 7 février 2006, lors d'élections saluées internationalement comme propres et sans violence, le peuple haïtien a peut-être fait la différence...
Pays du sud en marche...
La communauté internationale tout entière a salué la performance haïtienne et se déclare prête à nous donner un coup de main. C'est du moins ce qu'ont rapporté les plus grands journaux du monde, s'arrêtant un moment de nous taper dessus comme toutes ces dernières années.
Le voyage au Chili, et probablement aussi au Brésil, du président Mbeki ne s'explique sans doute pas uniquement par le cas Aristide, mais l'Afrique du sud fait également partie de cette même génération de pays du sud en marche.
Le Brésil est à lui seul un continent. Et le voici présent aujourd'hui en Haïti. Pas seulement par notre amour partagé pour le football, et comme deux pays pratiquant la religion vodou, mais avec la présence dans nos murs depuis juin 2004 de la Mission de l'ONU pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) dont le Brésil fournit le plus gros contingent et assure le commandement.
Tandis que le chef civil de la Minustah est un chilien, Juan Gabriel Valdès, qui devrait être remplacé bientôt par un autre diplomate originaire de l'Amérique latine.
Une Minustah axée sur le développement durable...
Le voyage du président élu René Préval, et le mini-sommet sur Haïti auquel elle semble devoir donner lieu, représente donc aussi une opportunité pour commencer à redessiner un nouveau mandat pour la Minustah.
Préval a dit qu'il voudrait une force internationale composée de beaucoup plus de policiers que de militaires.
A la vérité, nous aurions besoin désormais d'une mission onusienne beaucoup plus axée sur le développement économique et social, ou pour employer une nouvelle expression chère aux nations du Sud, le développement durable.
Le Brésil semble tout indiqué. Cette semaine se tient à Porto Alegre, sous le patronage de la FAO (Fonds international pour l'agriculture et l'alimentation), un séminaire international sur la réforme agraire, auquel Haïti a été invité.
Le Brésil c'est une industrie pharmaceutique de classe internationale et à des prix de médicaments génériques, c'est-à-dire défiant toute concurrence, et dont on connaît le rôle clé qu'ils jouent dans la lutte contre la propagation du VIH-Sida.
L'Afrique du sud est aussi un grand partenaire dans ce domaine.
Le Brésil a aussi son industrie aéronautique propre et qui pourrait, selon une source bien informée, aider aussi Haïti à mettre sur pied une compagnie nationale intérieure d'aviation.
Il n'y a donc pas que le vodou et le carnaval qui nous rapprochent ; aujourd'hui on constate que c'est le général Heleno, le premier commandant brésilien de la Minustah, qui avait raison. Ce n'est pas par les armes que nous solutionnerons le problème de la violence dans les bidonvilles, mais par le dialogue et un effort de satisfaire autant que possible les revendications de leurs habitants.
Cité Soleil ville ouverte...
Le Bel-air est depuis plusieurs semaines l'un des quartiers les plus " safe " (sécuritaires) de la capitale haïtienne. Un bataillon de casques bleus brésiliens y séjourne en permanence.
Tandis que depuis le 7 février dernier, date de ces élections historiques, Cité Soleil est de nouveau ville ouverte. La semaine dernière, le rappeur international Wycleff Jean y a fait la fête avec ses invités, dont les plus fameux groupes musicaux haïtien, y compris les frères ennemis Dyakout et T-Vice.
Les rues de Port-au-Prince n'avaient pas été aussi propres depuis des lustres. Grâce au programme " rues propres " organisé par la fondation Yele Haïti sous la présidence de Wycleff et avec le soutien de la firme de téléphonie Comcel.
Les militaires et experts brésiliens de la Minustah se sont bien entendu inspirés de leur propre stratégie de lutte contre la pauvreté et la violence dans les bidonvilles de Rio et autres mégapoles du Brésil.
En mémoire du Grand Sud...
Quant au Chili de la nouvelle présidente élue socialiste Michelle Bachelet, le cas d'Haïti y sera certainement entendu avec une même oreille attentive. Et cela grâce à l'actuel président de la mission onusienne en Haïti, le diplomate chilien Juan Gabriel Valdès.
Nous sommes persuadés que ce dernier se souvient encore de l'accueil chaleureux et plein d'espoir qu'il avait reçu des populations du Grand Sud (Cayes, Jérémie...) et de tous les projets évoqués. Avec ces mots qu'on n'oublie pas : " Le Grand Sud a toutes les ressources nécessaires, il ne demande qu'une bourrade technique. "
Le président Hugo Chavez du Venezuela a déclaré qu'Haïti est déjà inscrite au programme Petro-Caribe, fourniture de produits pétroliers à de bien meilleures conditions aux pays de la région, et dont notre voisine, la République Dominicaine, est déjà bénéficiaire.
Justement la presse dominicaine a dressé un bilan positif de la visite la semaine dernière de René Préval au président dominicain Leonel Fernandez, présentée comme de bon augure pour l'avenir des relations entre les deux pays qui n'avaient jamais été aussi mises à mal, à cause d'un plus grand afflux de clandestins haïtiens par la frontière, mais aussi de l'existence d'une minorité xénophobe et hostile aux haïtiens au sein du pouvoir actuel à Santo Domingo.
Et que vive Haïti !...
Bien entendu, comment oublier l'apport inestimable de Cuba depuis près de dix ans dans le domaine vital de la santé : des centaines de personnel médical et infirmier cubain sur place et partout en Haïti, et autant de jeunes médecins haïtiens diplômés à La Havane.
Enfin, cette suggestion d'un confrère bien informé sur les affaires latino-américaines : la Colombie possède des ressources inépuisables en charbon minéral. Haïti pourrait en acheter à bon prix, et le débarquer au warf de Cité Soleil. La manutention et la distribution créeraient des centaines d'emplois. Et le près de 1 centième de couverture végétale qu'il nous reste, pourrait respirer un brin.
Le président élu René Préval est donc chargé d'une mission majeure lors de sa visite à partir de ce 9 mars dans le sud du continent.
Que le Seigneur guide ses pas. Et que vive Haïti !
Haïti en Marche, 6 Mars 2006
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