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Opinion Editorial Last Updated: Oct 24th, 2006 - 17:24:11


Préval percera-t-il sous Ti René ?
By Haiti en marche editorial
May 18, 2006, 09:51

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ANALYSE
PORT-AU-PRINCE, 14 Mai - Un portrait du nouveau président d'Haïti, René Garcia Préval, est tout en cassures. Fin stratège politique tout en se défendant d'être un penseur, déplaçant une participation massive mais sans les qualités d'un tribun, à la tête d'un mouvement populiste alors qu'il est par tempérament ou éducation un homme d'ordre...

Passation de l'echarpe presidentiel du president interimaire sortant Boniface Alexandre au nouveau president Rene Garcia Preval


A ses débuts, dissimulé dans les coulisses du Lavalas qui était plutôt représenté par des poids lourds idéologiques et intellectuels, lorsque le président fraîchement installé Jean Bertrand Aristide le nomma son Premier ministre en 1991, ce fut la déception au sein des cadres du mouvement. Ti René, pensait-on, ne fait pas le poids.

René qui ?

Puis vint un coup d'état militaire seulement 7 mois après, l'exil forcé pour une durée de trois années du chef de l'état constitutionnel à Washington et la restauration démocratique en septembre 1994 dans les bagages de 50.000 Marines américains envoyés par le président Clinton.

Mais la lune de miel, encore une fois, sera de courte durée. Aristide laissa le pouvoir à regret, au terme de son mandat de 5 ans, mais hachuré. Quant à son remplaçant, il se nomme René Préval. Presque spontanément, celui-ci fut qualifié de pantin dont Aristide tire les ficelles depuis sa confortable résidence de Tabarre, en banlieue de la capitale. Dire du mal de Préval, c'est d'abord se venger d'Aristide auquel ses adversaires ne pardonnent pas d'exercer un monopole sur la vie politique du pays depuis son arrivée au pouvoir en 1991.

Mais pour le malheur de Préval, son prédécesseur et mentor lui aussi lui en veut, comme qui dirait, de l'avoir remplacé, plus précisément d'occuper sa place. Le chef historique du Lavalas n'a confiance en personne, même en celui que tout le monde considérait comme sa plus sûre garantie de retourner au palais national 5 ans plus tard, en 2001. Ce qui fut dit fut fait. Mais on connaît la suite...

Le temps pour l'encre de sécher...

Retournons au premier mandat Préval (1996-2001). Il se déroula dans le fracas, pris dans la lutte constante entre Aristide et ses frères ennemis. En effet, ce n'est plus l'ancienne opposition des Marc Bazin, Leslie Manigat, Hubert de Ronceray mais les idéologues et intellectuels du Lavalas qui font défection pour se mettre à leur propre compte. Naissance de l'Organisation du Peuple en Lutte (OPL). Ci-devant Organisation Politique Lavalas. Mais une fois la majorité parlementaire acquise, nouvelle appellation. Adieu Lavalas et sus à Aristide !

Ce dernier répondit en créant son propre parti, Lafanmi Lavalas.

Préval est donc pris entre deux feux. Son Premier ministre, l'agronome Rosny Smart, est le fruit d'un compromis entre les deux camps. Mais qui dura le temps pour l'encre de sécher sur le papier...

Les leaders de l'OPL se révéleront d'un aussi grand appétit politique que celui qu'ils combattent avec tant d'acharnement. Et surtout d'un même aveuglement ...

Le malheureux Préval (oui, malheureux pour ses collaborateurs de l'époque, d'après qui même sa vie fut parfois menacée) se débattait comme un beau diable pour construire quelques routes, introduire la réforme agraire dans l'Artibonite, restaurer quelques écoles, entreprendre un début de revitalisation du centre ville de la capitale, ce qui n'est pas rien... Et tout cela dans une suspension totale de l'assistance financière internationale pour cause d'élections contestées par la même opposition.

Mais la réputation de " marasa " ou sosie d'Aristide lui colle toujours à la peau.

Guerre ouverte ...

Aristide revient au pouvoir le 7 février 2001. En même temps que le duel avec ses anciens compagnons d'armes de l'OPL tourne à la guerre ouverte, avant la guerre civile, il s'appliqua on dirait à défaire tout ce qu'avait laissé son prédécesseur : quasi-fermeture de l'usine sucrière de Darbonne (Léogane, sud), quasi-abandon de la réforme agraire. Etc. Histoire d'imprimer sa propre marque.

De son côté, il se mit à construire places publiques et marchés à tours de bras, ainsi que deux œuvres importantes : l'université médicale de Tabarre, et l'hôpital de la Paix à Delmas. Il sut maintenir aussi l'assistance médicale de Cuba.

Mais la politique haïtienne sous Aristide - quoique se présentant comme la réincarnation de Toussaint Louverture - tomba encore plus sous l'influence de nos grands " amis " traditionnels (Washington, Paris, Ottawa). D'un côté, le président en vint à compter sur les Américains même pour sa sécurité personnelle. De l'autre côté, l'opposition fut utilisée plus ouvertement que jamais auparavant pour accélérer la chute d'un régime auquel les mêmes grands amis ne faisaient plus confiance.

Mais personne ne pouvait deviner une victoire à la présidence de René Préval après deux années d'un système putschiste dominé essentiellement par sa haine de l'élément Lavalas.

Préval choisira de se présenter sous un nouveau label : LESPWA (Espoir). Mais il ne suffira pas de gagner les élections, encore fallut-il arracher les résultats presque au forceps. Officiellement, 51. 20%. La majorité absolue (50% plus une voix) est nécessaire pour éviter un second tour.

Mais LESPWA fit moins bien aux législatives. Avec 11 sénateurs sur 30, il lui faut composer avec d'autres partis pour installer une majorité parlementaire et déboucher sur une coalition gouvernementale.

Ces autres partis, devinez, ce sont principalement l'OPL et la Fusion des sociaux démocrates, tendance centre gauche, les mêmes frères ennemis et pourfendeurs hier de Fanmi Lavalas.

Coiffer tout le monde au poteau...

Mais le destin veut que ce soit celui qu'on a voulu snober dans un camp comme dans l'autre, aussi bien le leader historique que ses opposants les plus farouches, René Préval, qui coiffe tout le monde au poteau.

D'une part ce n'est probablement pas lui qu'Aristide aurait choisi aujourd'hui s'il devait à nouveau nommer un dauphin ; d'autre part la rage que sa candidature déclencha dans les secteurs proches du gouvernement intérimaire (en premier lieu, la classe possédante) indique que ces derniers lui auraient barré la route par tous les moyens, y compris l'exil ou la prison, s'il n'avait pas pris soin de se déclarer aussi tard que possible.

Ce petit homme, apparemment sans grande envergue, a la baraka. Il revient de loin. C'est sans doute l'opinion de la multitude sortie le 7 février 2006 pour l'élire, puis à nouveau une semaine plus tard pour arracher une victoire qu'elle sentait menacée par toutes sortes de magouilles de dernière heure.

Mais les temps ont changé...

Cependant les temps ont changé et le Préval d'aujourd'hui ne peut (et ne doit) plus être celui d'hier.

La méfiance (de vieux marron) doit tomber. Fini le one man show forcé, à cause des pièges tendus à droite comme à gauche. Fini le soupçon vis-à-vis des cadres, idéologues et autres intellos parce que taxés d'appartenance OPL.

Le nouveau président haïtien, qui offre à ses opposants de rechercher l'adoption d'un pacte de gouvernabilité pour 25 ans, ne peut plus se contenter d'être en tout et pour tout l'homme de terrain qui se retrouvait chaque semaine dans la vallée de l'Artibonite pour pousser la réforme agraire, mais probablement aussi pour fuir la lourde bureaucratie port-au-princienne.

En un mot, le volontarisme et les bonnes intentions, quelle que soit la sincérité qui les anime, ne suffisent plus pour sortir Haïti de plusieurs décennies de marasme et encore moins de deux siècles de non-développement.

L'avenir est technologique ou il ne sera pas. C'est développe ou meurs ! Préval a l'avantage de son pragmatisme naturel et son esprit besogneux, mais plus précieusement encore, son alchimie naturelle avec les petites gens. C'est le secret de sa réussite. Mais au lieu d'un chef cuisinier ou d'un orfèvre, il doit être un chef d'orchestre.

Désormais il faut aller plus loin, beaucoup plus loin et toujours plus vite. C'est encore lui qui vient de faire éclater notre champ de vision pour la première fois vers des horizons encore plus vastes que sont les nouveaux pays émergents d'Amérique du sud : Brésil, Argentine, Chili, Venezuela ...

Pas de culte de la personnalité...

Voici que notre destin prend tout à coup de nouvelles couleurs et qu'il faut engranger pour des lendemains du moins, moins désenchanteurs. On n'est pas trop pour la tâche. Aujourd'hui le sentiment est que, plus que jamais, chaque haïtien, quelque simple qu'il soit ou vice versa, a sa valeur, son importance, en un mot est irremplaçable. On ne saurait perdre un seul d'entre nous. Et c'est au premier citoyen d'en donner l'exemple. Comprenne qui voudra...

Disons qu'il est allé, il a vu, il a compris que les choses ne sauraient plus être comme avant. Encore faut-il que les lourdes charges du pouvoir - et parfois cruelles aussi, jusqu'à dépasser les forces d'un seul homme, voire d'un homme seul - ne le forcent à se recroqueviller sur lui-même comme ce fut avant la fin de son premier mandat. On dit qu'il a fallu la visite de délégations de différentes couches sociales pour forcer l'ermite de Marmelade à présenter sa candidature.

L'autre secret de René Préval est qu'il ne se prend jamais la tête. Il ne souffre pas du culte de la personnalité. Cas exceptionnel dans un pays où c'est un travers si répandu et cause de tant de déboires, tant sur le plan individuel que national. Mais le corollaire c'est parfois de laisser trop de pouvoir même momentanément à certains collaborateurs et qu'on en vienne à le regretter par la suite. Mon Dieu, protégez moi de mes amis...

Enfin, son dernier atout c'est le courage. Ses actuelles initiatives en politique étrangère le montrent avec éloquence.

Mais au courage, il est nécessaire de joindre la crédibilité, pour ne pas tomber dans ce qui peut être pris, surtout par des esprits mal intentionnés, pour de la pure provocation. David versus tous les Goliath en même temps.

La crédibilité c'est la seule force de ceux qui n'ont pas autre chose.

Haïti en Marche, 14 Mai 2006



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